Une entreprise ne doit-elle des comptes qu'à ses actionnaires, ou à tous ceux qu'elle affecte ? La théorie des parties prenantes a fait basculer la réponse — et redessiné la stratégie moderne.
Freeman contre Friedman : deux visions de l'entreprise
Formalisée par R. Edward Freeman en 1984 (Strategic Management: A Stakeholder Approach, Pitman), la théorie soutient qu'une entreprise doit créer de la valeur pour l'ensemble de ses parties prenantes — clients, salariés, fournisseurs, financeurs, communautés, État — et pas seulement pour ses actionnaires. Sa définition est restée canonique : « une partie prenante est tout groupe ou individu qui peut affecter l'atteinte des objectifs de l'entreprise ou en être affecté ». Elle s'oppose frontalement à Milton Friedman (1970), pour qui la seule responsabilité sociale de l'entreprise était d'augmenter ses profits.