Amortir, c'est répartir un coût sur la durée d'utilisation d'un bien ; déprécier, c'est constater une perte de valeur imprévue. Deux mécanismes distincts, deux jeux de comptes, une seule exigence commune : un plan justifié, appliqué avec permanence et révisé de façon prospective en cas d'accident.
L'amortissement est « la répartition systématique du montant amortissable d'un actif en fonction de son utilisation » (PCG, art. 214-1) : il constate la consommation des avantages économiques attendus, pas la perte de valeur du marché. La base amortissable est le coût d'entrée diminué de la valeur résiduelle — lorsque celle-ci est significative et mesurable, cas rare en pratique. Trois modes traduisent trois rythmes de consommation : le linéaire (le temps, mode par défaut), les unités d'œuvre (l'activité réelle), et le dégressif, qui n'est pas un mode économique mais un régime fiscal d'incitation à l'investissement (CGI, art. 39 A), avec un coefficient de 1,25, 1,75 ou 2,25 selon la durée.
Deux points de départ à ne jamais confondre
Le linéaire démarre à la date de mise en service ; le dégressif fiscal démarre le premier jour du mois d'acquisition. Le cas pratique de la SAS Mécanor, un centre d'usinage à 64 000 € amorti sur cinq ans, illustre l'écart : 8 mois d'annuité linéaire contre 9 mois d'annuité dégressive dès la première année. Sur la durée totale du plan, les deux totaux d'amortissement sont rigoureusement identiques : seule la répartition dans le temps diffère, l'écart transitant par le compte 145 « Amortissements dérogatoires ».
La dépréciation, un accident conditionnel
Contrairement à l'amortissement, la dépréciation ne se constate que s'il existe un indice de perte de valeur (PCG, art. 214-17). Le test compare alors la valeur nette comptable à la valeur actuelle, elle-même égale au plus élevé de la valeur vénale et de la valeur d'usage. Chez Mécanor, la perte d'un client fait chuter la valeur actuelle sous la VNC : une dépréciation de 5 366,67 € est constatée, ce qui modifie la base amortissable pour l'avenir — le plan est révisé de manière prospective sur la durée résiduelle, sans jamais retoucher les dotations déjà passées.