Et si l'innovation pouvait s'enseigner comme une discipline, au lieu d'attendre l'éclair de génie ? C'est le pari qu'a tenu Genrich Altshuller en analysant 200 000 brevets pour en extraire les lois de l'invention.
Altshuller et l'analyse systématique des brevets
Ingénieur de la marine soviétique, Genrich Altshuller (1926-1998) formule dès 1946 l'hypothèse que l'innovation peut s'enseigner. TRIZ (théorie de la résolution des problèmes inventifs) naît de l'analyse de plus de 200 000 brevets. Trois constats en émergent : la même solution réapparaît dans des domaines très différents ; toute invention importante résout une contradiction ; les systèmes techniques évoluent selon des lois prévisibles (du rigide au flexible, du macro au micro).
Les 5 niveaux d'invention
Altshuller classe les brevets en 5 niveaux d'innovation. La répartition est révélatrice : 77 % des brevets ne sont que des optimisations marginales (niveaux 1 et 2). TRIZ a précisément été conçu pour atteindre les niveaux 3 et 4, là où l'essai-erreur traditionnel devient inefficace.
Contradiction technique ou physique ?
La distinction est le cœur de la méthode :
- Contradiction technique — deux paramètres distincts s'opposent : alléger une aile dégrade sa résistance.
- Contradiction physique — un même paramètre doit prendre deux valeurs opposées : le café doit être chaud côté tasse et froid côté lèvres.
Identifier explicitement la contradiction, dit Altshuller, c'est déjà faire la moitié du travail.
La boîte à outils : 39 paramètres, 40 principes, une matrice
Pour résoudre une contradiction technique, TRIZ fournit 39 paramètres standardisés (poids, vitesse, fiabilité…) pour la formaliser, 40 principes inventifs (segmentation, inversion, dynamicité…) pour la lever, et une matrice 39×39 qui pointe, pour chaque couple de paramètres en conflit, les 2 à 4 principes les plus prometteurs. Le concept d'idéalité guide la démarche : le système idéal accomplit la fonction sans coût, sans masse, sans inconvénient.