Comment remplacer un cahier des charges de plusieurs centaines de pages par une phrase tenant sur un post-it ? La user story fait le pari que l'essentiel se joue dans la conversation, pas dans le document.
De la spécification à la conversation
Avant l'agilité, les besoins étaient figés dans de longs documents signés contractuellement : produits en amont, impossibles à faire évoluer sans avenant, et mêlant le « quoi » et le « comment ». En 1998, Kent Beck propose avec eXtreme Programming une alternative radicale : de courtes phrases sur fiches cartonnées, point de départ d'une conversation. Mike Cohn formalise en 2004, dans User Stories Applied, le format canonique : « En tant que [persona], je veux [action], afin de [bénéfice] ».
Les 3 C et le critère INVEST
Ron Jeffries résume la philosophie par les 3 C : la Card (le post-it, volontairement petit), la Conversation (l'échange oral qui élabore le détail, cœur de la valeur) et la Confirmation (les critères d'acceptance). Une bonne story respecte par ailleurs les six critères INVEST de Bill Wake (2003) : Independent, Negotiable, Valuable, Estimable, Small, Testable.
Les critères d'acceptance en Gherkin
La confirmation répond à la question : « comment saurai-je que la story est terminée ? ». Le format dominant est le Gherkin, développé chez Cucumber en 2008 par Aslak Hellesøy, avec une grammaire Given / When / Then directement exécutable comme test automatisé (BDD, Behaviour Driven Development).
Estimer en story points avec le Planning Poker
Pour estimer la complexité relative d'une story sans tomber dans le piège des heures, l'agilité utilise les story points, une échelle abstraite. La technique la plus connue est le Planning Poker (James Grenning, 2002) : chaque membre vote silencieusement avec une carte de la suite de Fibonacci modifiée, puis les écarts entre votes déclenchent une discussion qui fait émerger les hypothèses cachées.