Une équipe agile sans métriques pilote à l'aveugle. Mais mal choisis, les indicateurs poussent à gonfler les estimations et à courir après les points. Comment mesurer sans fausser le jeu ?
Pourquoi mesurer autrement
Le pilotage classique par les indicateurs CQDP (Coût, Qualité, Délais, Périmètre) suppose un périmètre figé et un plan stable. En agilité, où le périmètre évolue à chaque sprint, ces indicateurs perdent leur sens. On mesure plutôt la capacité d'exécution et la réactivité. Tom DeMarco écrivait en 1982 : « You can't control what you can't measure ». Il a nuancé lui-même en 2009 : mesurer le bon indicateur compte plus que mesurer beaucoup.
Quatre métriques structurantes
- Vélocité — story points livrés par sprint ; sert à planifier les releases.
- Cycle Time — temps entre le démarrage et la fin d'un item ; rapidité de livraison.
- Lead Time — temps total entre la création d'un item et sa livraison ; réactivité.
- Throughput — nombre d'items livrés par unité de temps ; capacité de l'équipe.
Le Sprint Burndown et sa lecture
Le Sprint Burndown répond à « où en sommes-nous dans le sprint ? ». En abscisse, les jours ; en ordonnée, le travail restant. La courbe descend à mesure que les items sont terminés et se compare à une ligne idéale droite : au-dessus = retard, en dessous = avance. Un plateau en début de sprint signale un démarrage difficile ; une marche d'escalier trahit le « gros lot de fin de sprint » qu'il faut éviter en travaillant en flux. Le Burndown a une limite : il ne montre qu'une seule dimension, d'où le recours au Burnup et au Cumulative Flow Diagram.
La règle d'or : ne pas fausser le jeu
Ces métriques sont des outils de pilotage interne à l'équipe, jamais des indicateurs de performance individuelle ni de comparaison entre équipes. Bien utilisées, elles permettent la prédictibilité — l'aptitude à tenir un engagement, qui est selon Mike Cohn la première condition de la confiance entre l'équipe et ses parties prenantes.