Vous savez qu'une tâche est importante, vous avez l'intention de la faire, et pourtant vous la repoussez, en souffrant de ne pas vous y mettre. Pourquoi ce sabotage de soi, et comment en sortir ?
Procrastiner n'est pas être paresseux
La procrastination est le report volontaire d'une tâche que l'on comptait faire, tout en sachant que ce report nous sera défavorable. Ce n'est pas différer pour une bonne raison (décision rationnelle), mais un report irrationnel, contraire à notre propre intérêt. Les philosophes appelaient cela l'akrasia : agir contre son meilleur jugement.
- Le paresseux ne veut pas agir et ne s'en soucie pas.
- Le procrastinateur veut agir, sait qu'il devrait, et souffre de ne pas le faire : culpabilité, stress, dévalorisation de soi.
Un problème d'émotion, pas de temps
C'est le renversement clé de la recherche récente, portée par Tim Pychyl et Fuschia Sirois : on procrastine pour échapper à une émotion désagréable liée à la tâche (ennui, anxiété, peur de mal faire). Reporter soulage immédiatement de cet inconfort, et ce soulagement renforce le comportement. Procrastiner, c'est privilégier son humeur présente au détriment de son intérêt futur.
Le biais du présent
Ce choix est amplifié par un biais cognitif, le biais du présent (ou actualisation hyperbolique) : le cerveau surévalue la récompense immédiate (le soulagement, une distraction) et sous-évalue les conséquences futures (le stress de l'échéance). Le « moi présent » l'emporte sur le « moi futur », pourtant celui qui paiera l'addition. S'ajoutent la peur de l'échec, le perfectionnisme, une faible confiance en soi, ou une tâche perçue comme trop vague ou trop grande.
Comment s'en libérer
Puisque le problème est émotionnel, la sortie l'est aussi : recadrer ses pensées, s'accorder de l'auto-compassion plutôt que se flageller, et surtout agir par petites étapes. Car commencer est le vrai déclencheur : franchir le premier pas dissout l'inconfort anticipé.