Deux entrepreneurs face au même projet peuvent raisonner de façons radicalement opposées. L'un planifie tout ; l'autre avance avec ce qu'il a sous la main. Lequel a raison ?
Deux logiques de raisonnement
La chercheuse Saras Sarasvathy, à partir de l'étude d'entrepreneurs experts, a mis en évidence deux modes de raisonnement. La causation part d'un but fixé et cherche les moyens de l'atteindre : on définit un objectif, on étudie le marché, on bâtit un plan, on exécute. L'effectuation part au contraire des moyens disponibles (qui je suis, ce que je sais, qui je connais) et laisse les buts émerger chemin faisant.
Prédire ou contrôler ?
La distinction touche au rapport à l'avenir. La causation repose sur la prédiction : « dans la mesure où nous pouvons prévoir l'avenir, nous pouvons le contrôler ». L'effectuation repose sur le contrôle : « dans la mesure où nous pouvons contrôler l'avenir, nous n'avons pas besoin de le prédire ». Là où la première planifie, la seconde expérimente ; là où la première analyse un marché existant, la seconde co-construit un marché nouveau avec ses partenaires.
La logique causale et ses limites
La causation est la logique classique du management, enseignée dans les écoles de gestion. Elle procède par étapes : objectif clair, analyse du marché, identification des ressources, plan (business plan, prévisionnel), exécution. Elle privilégie le rendement attendu et rassure les partenaires (banques, investisseurs) qui attendent un plan. Elle est efficace quand l'environnement est stable et connu, le marché déjà là, les objectifs clairs — mais montre ses limites en forte incertitude.
Combiner les deux
Les deux logiques ne s'opposent pas : elles se complètent selon le contexte. La causation est puissante quand l'avenir est prévisible ; l'effectuation l'est quand l'incertitude domine — précisément le cas de la plupart des créations d'entreprise. Sarasvathy a dégagé cinq principes de l'effectuation, typiques des entrepreneurs expérimentés.