2,5 millions de salariés arrêtés pour motif psychologique en 2023, en hausse de 30 % depuis 2019. Comment prévenir des risques que l'on ne voit pas — le stress, l'épuisement, la perte de sens ?
Qu'est-ce qu'un risque psychosocial ?
Les RPS désignent les risques pour la santé mentale, physique et sociale engendrés par les conditions d'emploi, les facteurs organisationnels et les relations de travail. Ils se distinguent des risques physiques (chute, brûlure) par leur caractère multifactoriel : un RPS résulte de l'interaction entre le salarié, son travail et son environnement, non d'une cause isolée. L'INRS (2022) estime le coût du stress au travail entre 3 et 5 milliards d'euros par an, un burn-out coûtant en moyenne 30 à 40 K€ à l'entreprise.
Les 6 facteurs du rapport Gollac (2011)
Rédigé par un collège d'experts présidé par Michel Gollac (directeur du CREST), ce rapport est le cadre de référence français et structure le DUERP en matière de RPS. Il identifie 6 familles de facteurs non-redondantes :
- 1. Intensité et temps de travail — surcharge, objectifs inatteignables, sollicitations le soir et le week-end.
- 2. Exigences émotionnelles — contact avec le public, obligation de cacher ses émotions.
- 3. Manque d'autonomie — micro-management, procédures rigides, monotonie.
Rarement isolés, ces facteurs se combinent : un travail intense mais accompagné d'autonomie et de soutien social reste tenable ; sans ces ressources, il bascule dans la pathologie.
Les modèles Karasek et Maslach
Deux modèles internationaux font référence : le modèle de Karasek (1979, Job Demand-Control, complété par le soutien social en 1988) et le modèle de Maslach (1976) sur le syndrome d'épuisement professionnel (burn-out).
L'obligation de sécurité de résultat
L'employeur a une obligation de sécurité de résultat (art. L.4121-1 CT), consacrée par l'arrêt Cass. soc. 28 février 2002 (Amiante) et étendue aux risques psychiques par l'arrêt du 5 juin 2015. Un burn-out non prévenu expose à la faute inexcusable (condamnations de 30 à 150 K€ par salarié). À l'inverse, une démarche structurée réduit de 40 à 60 % les arrêts psy selon l'ANACT (2023).