En 1958, deux équipes de part et d'autre de l'Atlantique inventent, sans se concerter, deux façons opposées de dessiner un réseau de tâches. L'une place les activités sur les flèches, l'autre dans les boîtes.
Deux formalismes pour un même problème
Un projet est un ensemble de tâches liées par des relations d'antériorité. Pour en visualiser la logique, deux philosophies se développent en 1958 :
- Le PERT (AOA — Activity On Arrow) : l'activité est la flèche qui relie deux événements ; les nœuds (cercles) sont des événements, début ou fin d'une tâche.
- Le MPM (AON — Activity On Node) : l'activité est le nœud (une boîte) ; les flèches matérialisent les dépendances sans porter d'information temporelle.
Le PERT, né du programme Polaris
Le PERT (Program Evaluation and Review Technique) est développé par l'US Navy en 1958 avec Booz Allen Hamilton et Lockheed Martin, pour piloter le programme Polaris : 3 000 sous-traitants, 60 000 pièces sur 5 ans. Il servira ensuite au programme Apollo. Dans un réseau PERT, chaque tâche est une flèche orientée ; les nœuds portent une date au plus tôt (t+) et une date au plus tard (T+). Quand t+ = T+, l'événement est sur le chemin critique.
Le MPM, une invention française
Le MPM (Méthode des Potentiels Métra) est créé la même année par le mathématicien français Bernard Roy (1934-2017) chez SEMA Métra, pour piloter la construction du paquebot France. Pionnier de la recherche opérationnelle, Roy fondera plus tard le LAMSADE et la méthode ELECTRE. Le MPM sera adopté pour le barrage de Serre-Ponçon et le Concorde.
Pourquoi le MPM a gagné
Le PERT souffre d'une limitation : quand deux tâches partagent des dépendances complexes, il faut ajouter des flèches fictives qui alourdissent le graphe. Le MPM, plus lisible, a progressivement supplanté le PERT dans tous les outils modernes (MS Project, Primavera, GanttProject) — même si le mot « PERT » désigne encore, par abus de langage, tout réseau de tâches.